Le tourisme chirurgical marocain fait beaucoup de bruit. Surtout depuis la diffusion d’une émission sur France 2. Un reportage réalisé par l’équipe des “ coulisses du pouvoir ” et consacré au concept “ Tourisme et Santé ”. Un sujet que l’on pourrait résumer en une formule détonante “ Des vacances de rêve au Maroc d’où l’on revient avec un corps de rêve. ” Détails au scalpel d’un phénomène siliconé.
“Deux en un ! ” Le slogan qui rythme habituellement les spots publicitaires des marques de shampoing pourrait parfaitement s’appliquer à un autre concept. Mais cette fois-ci rien à voir avec les pointes cassantes, les racines grasses ou les pellicules… Le domaine est toujours celui de la beauté, mais il est plutôt question de la paire tourisme et santé. Un duo qui allie chirurgie esthétique légère et vacances au Maroc.
Le Dr Guessous, spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique, exauce tous les vœux esthétiques de ses patientes. Mais en plus, aidé de ses collaboratrices, il leur propose des hôtels, des restaurant. Le chirurgien tient à préciser : “ Nous ne sommes pas une agence de voyage, nous conseillons des prestations ! ”. L’idée plait et les patientes affluent. Un déplacement justifié de diverses manières par les femmes aux formes nouvelles : la compétence d’un chirurgien, dont elles connaissent le travail par le “ bouche-à-oreille ”, l’attente en France en raison d’un “ embouteillage médical ”, le superbe encadrement et le prix !
Le prix de l’opération pour une liposuccion est de 30 à 40% moins cher qu’en France, environ 1200 euros. Ensuite, il faut compter environ 800 euros pour l’hébergement durant une semaine et en sus le billet d’avion. Un avantage pécuniaire qui s’explique notamment par la différence de niveau de vie en Europe et au Maroc (voir Entretien M.Kabbaj). Une thèse à laquelle n’adhèrent pas tous les praticiens marocains. “ Mes prix sont quasiment les mêmes que ceux pratiqués en France ”, dixit Dr. Bensouda, spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique. Et ce n’est pas pour autant que le chirurgien plasticien casablancais ne reçoit pas d’ étrangères… ces dernières constituent la moitié de ses patientes !
Un prix qui à travers l’emploi redondant presque abusif des termes “packages ”, forfaits, lors de l’émission semble être l’essence de ce concept. Comme quoi, l’image et la télévision peuvent être manipulatrices. “ Les patients viennent avant tout pour les compétences du praticien ” explique M.Omar Kabbaj, directeur du Centre régional du Tourisme (CRT). Des propos que confirme le Docteur Tazi, spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique : “ Le savoir-faire marocain est reconnu. Il y a quelque temps une jeune femme dont l’opération en France s’était mal passée m’a contacté afin d’avoir des informations sur la chirurgie esthétique au Maroc. Elle avait entendu dire que nous faisions du bon travail. Notre pays a une très bonne réputation en matière de chirurgie esthétique. ”
Et elle ne date pas d’hier… Déjà dans les années soixante, les compétences des chirurgiens nationaux et étrangers de Casablanca attiraient de nombreuses patientes. Des patientes qui sans encadrement se transformaient en cibles potentielles pour escrocs et qui à travers leurs mauvaises expériences pouvaient véhiculer une image négative du pays à l’extérieur. Aujourd’hui, le système mis en place par le Dr Guessous a le mérite de véhiculer une image positive du Maroc et de son hospitalité légendaire mais aussi de faire participer d’autres secteurs d’activités– hôtellerie, location de voiture, restaurants - à son projet. Le Riad Salam, dont la directrice du centre de thalassothérapie est intervenue dans l’émission, est en partenariat avec le Dr Guessous. Ce dernier affirme ne toucher aucune commission.
La compétence, l’encadrement, les équipements, tout semble parfait. Reste qu’il faut demeurer vigilant afin d’empêcher toute forme de dérive qui risque de nuire à tout un secteur et à tout un pays.
Presque trop beau pour être vrai !
Dans cette optique, certaines zones de l’initiative demeurent quelque peu ombragées. La première concerne les consultations pré et post opératoires. En raison de l’éloignement géographique, les patientes communiquent avec le Dr Guessous par téléphone et par Internet. Il reçoit les photos de ces dames et leurs demandes qui doivent être limitées “ à la chirurgie légère ”, ce champ d’action ne nécessitant pas une prise en charge dépassant sept jours. Mais la rencontre “ en chair et en os ” entre patient et médecin ne se fait que la veille de l’intervention ! Un temps d’adaptation, d’échange et de mise en confiance est-il possible aussi rapidement ? En tout cas, les patientes ne semblent pas s’en plaindre.
Autre point d’interrogation : Comment peut-on parler de package et donc de billets d’avion à tarifs réduits et donc de date fixe lorsqu’il s’agit de santé? L’imprévu, même si les risques sont minimes, ne serait pas envisagé. A cette question le Dr Guessous répond en souriant que “ toutes les dispositions sont mises en œuvre pour la sécurité des patientes ”. Il a aussi insisté sur sa “ volonté de ne pas tomber dans la spirale commerciale ” qui officie en Afrique du Sud ou en Thaïlande. Un désir et un bon sentiment qui ne correspondent pas vraiment, au vu de l’émission, qui a d’ailleurs plus œuvré dans le sensationnel que dans l’information, à quelqu’un qui organise des “ botox partys ” (sans injection) pour faire connaître les vertus de ce produit au tout Marrakech.
Site de la clinique du Dr Bensouda : http://www.clinique-bensouda.com