
Amnesty International s’est déclaré samedi “choqué” par la condamnation à trois ans de prison d’un jeune ingénieur marocain s’étant fait passer sur le site internet Facebook pour le prince Moulay Rachid, frère cadet du roi Mohammed VI.
“Nous sommes choqués par ce verdict très lourd qui a frappé vendredi Fouad Mourtada”, a affirmé à l’AFP Bénédicte Goderiaux, membre d’une “mission d’études d’Amnesty sur les droits humains au Maroc et au Sahara occidental” et qui a assisté au procès.
“La sentance est disproportionnée par rapport à ce qu’il a fait”, a-t-elle ajouté. Outre la prison ferme, un tribunal de première instance de Casablanca a également infligé au jeune homme une amende de 10.000 dirhams (900 euros) pour “utilisation de données informatiques falsifiées et usurpation d’identité”.
“Nous exprimons aussi notre préoccupation sur l’équité du procès car, outre les accusations officielles, le procureur et le juge lui ont reproché à plusieurs reprises d’avoir porté atteinte aux valeurs sacrées du royaume en la personne du prince. Si cela était averé, Amnesty le considérerait comme un prisonnier d’opinion”, a ajouté Mme Goderiaux.
Par ailleurs, le prévenu et ses avocats ont affirmé qu’il avait signé le procès verbal sous la contrainte et la force et “dans ces conditions, ce document ne peut pas être pris en compte dans un procès équitable”, a souligné ce membre de la délégation, dont la mission d’études dure vingt jours.
Le procureur avait réclamé “un châtiment exemplaire” alors que la défense a plaidé la relaxe.
“Aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, de pareils faits ne font pas l’objet de procès. Sur Facebook, vous trouvez des sites de Sarkozy, Bush ou Blair ainsi que de stars du sport ou du cinéma sans que l’on puisse certifier qu’ils soient vrais”, a assuré Me Ali Ammar, qui a décidé de faire appel.
“Le prévenu n’a commis ni escroquerie, ni porté atteinte à quiconque. Preuve en est qu’il n’y a ni plaignant ni partie civile à ce procès”, a ajouté l’avocat.
Interrogé par le président du tribunal sur les raisons qui l’avaient poussé à créer un site au nom du prince Moulay Rachid, Fouad Mourtada avait répondu: “Je l’admire, je l’aime bien et je ne lui ai causé aucun tort, c’était juste une plaisanterie. je suis innocent”.
Agé de 27 ans, cet ingénieur informaticien, diplômé de la prestigieuse Ecole Mohammedia des Ingénieurs (EMI) de Rabat, avait été arrêté le 5 février.
Source :Lemonde.fr